dim 15 juil 2007

Bronislaw Geremek - Mise au point de Margot diffusée dans l'émisssion du 29,30 avril et 1ier mai

15 07 2007




Europe n’roll revient sur un licenciement pas tout à fait anodin qui s’est produit cette semaine au Parlement Européen à Strasbourg… Le lundi 23 avril, le député polonais Bronislaw Geremek a été déchu de ses fonctions par son gouvernement. Cet historien reconnu et ancien ministre des Affaires étrangères de Pologne refuse de signer une déclaration certifiant qu’il n’a pas collaboré, ne serait-ce que de loin, avec la police secrète de l’époque soviétique. Le député européen dénonce un « scandale juridique » contraire à la « dignité humaine ».







Dans son pays comme partout ailleurs, Bronislaw Geremek est en effet reconnu comme un symbole vivant de la transition pacifique de la Pologne vers la démocratie après la chute du communisme en 1989. D’abord conseiller du premier syndicat polonais libre Solidarnosc ou « Solidarité », Bronislaw Geremek se fait connaître en luttant contre le gouvernement totalitaire soumis à Moscou. Il participe ensuite aux négociations puis au gouvernement lorsque les communistes quittent le pouvoir.



Or, depuis 2005, la Pologne est dirigée par une coalition entre les conservateurs du parti Droit et Justice et l’extrême droite représentée par la Ligue des familles polonaises. La lutte contre les vestiges du communisme a été l’un de leurs principaux thèmes de campagne. Les jumeaux Lech et Jaroslaw Kascinsky, respectivement président et premier ministre de la Pologne, ont donc adopté le 19 mars dernier une loi dite de « lustration ». Cette loi complète et remplace une première loi de décommunisation datant de 1997. Auparavant, les 28 000 ministres, juges, députés et hauts fonctionnaires polonais devaient déclarer solennellement qu’ils n’avaient pas collaboré avec la police communiste. En cas de mensonge, ils ne pouvaient plus exercer d’emploi public pendant 10 ans.



La nouvelle loi du 19 mars 2007 a très largement étendu le champ des personnes visées. Sont maintenant concernés les professeurs d’université, les journalistes, les dirigeants des entreprises publiques, les directeurs d’école, les diplomates et les avocats. Les conséquences de la loi ont également été durcies. Refuser de remplir la déclaration entraîne la perte immédiate de son emploi. Or, près d’un million de personnes auraient livré des informations à la police secrète d’après les archives de l’ »institut national de la mémoire ». L’ex-premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki, une autre figure symbolique de la chute du communisme, a dénoncé une « chasse aux sorcières » contre la majorité des intellectuels polonais.



Après l’annonce officielle de son renvoi, Bronislaw Geremek a déclaré jeudi devant le Parlement Européen que « la loi de lustration dans sa forme actuelle viole les règles morales, menace la liberté d’expression, l’indépendance des média et l’autonomie des universités ». Comme les 51 autres députés polonais âgés de plus de 35 ans, Bronislaw Geremek avait déjà du remplir une déclaration avant de se présenter aux élections européennes en 2004. Il refuse maintenant de renouveler sa déclaration pour la nouvelle loi. Mardi dernier, la Cour Européenne des droits de l’Homme a estimé dans un cas similaire que perdre ainsi son emploi pour refuser de remplir une déclaration revenait à être condamné sans preuve de sa culpabilité. En Pologne, la cour constitutionnelle a été saisie par le médiateur de la république. Les juges trancheront le 11 mai prochain pour savoir si la loi de lustration est bien conforme à la constitution polonaise.



En France, les deux candidats à la présidentielle ont manifesté leur soutien à Bronislaw Geremek. Le ministre des affaires étrangères Philippe Douste Blazy et la ministre aux affaires européennes Catherine Colonna ont demandé au Parlement Européen et aux autres États membres d’exiger du gouvernement polonais que le député soit maintenu dans ses fonctions. Les députés européens quant à eux attendent une information officielle de la Pologne. Le Parlement est ensuite supposé communiquer son accord à la Pologne si elle désire toujours suspendre son député. Mais il est très probable que la Commission judiciaire du Parlement Européen sera saisie pour déclarer cette demande irrecevable.



Après l’annonce du discours de Bronislaw Geremek au Parlement Européen, le premier ministre polonais Jaroslaw Kascinsky a déclaré que le comportement du député « ne sert pas la Pologne ». En face, Geremek bénéficie du soutien du groupe libéral-démocrate et des socialistes. Le député européen vert Daniel Cohn-Bendit a déclaré «Si un gouvernement emploie des méthodes staliniennes et fascistes, nous devons protéger notre collègue contre ces fous.». Le groupe socialiste du Parlement Européen a même demandé dans un communiqué que le droit de vote de la Pologne au Conseil européen soit suspendu à titre de représailles, en partie suite au durcissement de la loi anti-communiste et à ses conséquences.



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Note: Le 11 mai 2007, la Cour Constitutionnelle polonaise a invalidé la loi de lustration dans sa majeure partie. Bronislaw Geremek n'a donc pas été obligée de la signer et a finalement conservé son poste.

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